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Ballade à la Lune
Alfred de Musset (1810-1857)
***
C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni, La lune Comme un point sur un i.
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Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil, Dans l'ombre, Ta face et ton profil ?
Es-tu l'œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard Nous lorgne Sous ton masque blafard ?
N'es-tu rien qu'une boule,
Qu'un grand faucheux bien gras Qui roule Sans pattes et sans bras ?
Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer Qui sonne L'heure aux damnés d'enfer ?
Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté Quel âge A leur éternité ?
Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci S'allonge En croissant rétréci ?
Qui t'avait éborgnée,
L'autre nuit ? T'étais-tu Cognée À quelque arbre pointu ?
Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux Ta corne À travers les barreaux.
Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé La blonde Dans la mer est tombé.
Tu n'en es que la face
Et déjà, tout ridé, S'efface Ton front dépossédé.
Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal, Qui presse Quelque cerf matinal !
Oh ! sous le vert platane
Sous les frais coudriers, Diane, Et ses grands lévriers !
Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher, L'écoute, L'écoute s'approcher.
Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés, Les prés, Ses chiens s'en sont allés.
Oh ! le soir, dans la brise,
Phoebé, sœur d'Apollo, Surprise A l'ombre, un pied dans l'eau !
Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger Se pose, Comme un oiseau léger.
Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours L'histoire T'embellira toujours.
Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant Bénie, Pleine lune ou croissant.
T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front D'albâtre Ses dogues aboieront.
T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment, Qui flotte, Sous le clair firmament !
Et la fillette preste
Qui passe le buisson, Pied leste, En chantant sa chanson.
Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus Se traîne L'océan montueux.
Et qu'il vente ou qu'il neige
Moi-même, chaque soir, Que fais-je, Venant ici m'asseoir ?
Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni, La lune Comme un point sur un i.
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Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari, Méchante, De loin tu lui souris.
Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni La mère Livre la clef du nid,
Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l'époux tout prêt Qui souffle Le bougeoir indiscret.
Au pudique hyménée
La vierge qui se croit Menée, Grelotte en son lit froid,
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Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer Madame, Qui commence à crier.
'Ouf ! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien Qui vaille ; Tu ne te tiens pas bien.'
Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché L'empêche De commettre un péché ?
'Ah ! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux Regarde Avec ces deux grands yeux ?'
Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni, La lune Comme un point sur un i.
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Vendredi 03 Avril 2009Poster un commentaire
Le rossignol Quant ta voix, céleste prélude Aux silences des belles nuits, Barde ailé de ma solitude Tu ne sais pas que je te suis ! Même si l'astre des nuits se penche Aux bords des monts pour t'écouter, Tu te caches de branche en branche, Comme si tu voulais l'imiter. Ah ! ta voix touchante ou sublime Est trop pure pour ce bas milieu Cette musique qui t'anime Est un instinct qui monte à Dieu, Tes gazouillements, ton murmure, Sont un mélange harmonieux Des plus doux bruits de la nature Du plus beau chant des cieux. Tu prends les sons que tu recueilles Dans les cris que répète l'écho, Dans les frémissements des feuilles, Dans les gazouillements des flots, Dans les feuilles où tremblent des larmes, Ces fraîches haleines des bois, O nature ! elles ont trop de charmes Pour n'avoir pas aussi ta voix. Dans les chuchotements et plaintes Qui sortent la nuit des rameaux, Dans les voix des vagues éteintes Sur le sable ou dans les roseaux ! Alors, cette voix mystérieuse Va charmer les oreilles des anges, Quand leurs soupirs dans la nuit pieuse Monte vers Dieu comme une louange Elle est la voix d'une nature Qui n'est qu'amour et pureté Un brûlant et divin murmure : L'hymne flottant des nuits d'été. Alphonse Lamartine Tags associés : chants
Dimanche 05 Avril 2009Poster un commentaire
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Vendredi 17 Avril 2009Poster un commentaire
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